Echo De la Vallée : Harmonie de Tullins-Fures (38)

Catégorie voyageUn peu d'histoire

L'Echo De le Vallée est la plus ancienne association de Tullins-Fures. C'est en 1857, sous Napoléon III, qu'a été fondée une fanfare, « l'Echo de la Vallée ». De ses premières années d'existence on connaît peu de choses. Toujours est-il qu'en 1868, la société, dirigée par M. Bergean, obtient une médaille d'argent au concours de Grenoble et accède à la division supérieure. Elle participera par la suite à de nombreux concours (Grenoble, Dijon, Turin, Bourges, Marseille…)
En 1887, un désaccord au sein de la société entraîne une séparation et quelques musiciens dissidents s'organisent et fondent un orchestre. Une autre scission interviendra en septembre 1897.
En 1893, l'Echo De la Vallée, présidée par M. Journet et dirigée par M. Bilger, participe les 13 et 14 août à un grand concours musical à Grenoble, regroupant 165 sociétés venant de tous les coins de France et même de l'étranger. L’Echo De la Vallée en catégorie « Fanfare » remporte (malgré l'absence, pour indisposition, de son chef) un 1er prix d'exécution avec félicitations du jury, un 2ème prix à vue et un 3ème prix de soli. La Fanfare « les Bardes de l'Isère » de Vinay, également présente au concours, obtient le 1er prix de soli et un 2ème prix d'exécution.
Arrivés à Tullins le lundi 14 vers 11 heures du soir, les musiciens, après un sommeil réparateur, se réveillent le 15 août, au milieu d'une ville en fête, pavoisée pour fêter ses héros. Aussi les musiciens doivent-ils reprendre leurs instruments qu'ils ne quitteront qu’au milieu de la nuit.
Après la bière d'honneur offerte par le maire sur la place d'Armes, la musique parcourt la ville accompagnée d'une nuée d'enfants et reçoit les fleurs et hommages de la population. La société participe avec l'Orchestre de Fures à toutes les festivités locales ainsi qu'à des concerts de bienfaisance. Des cours de solfège gratuits sont dispensés deux fois par semaine par M. Nicolas à tous les jeunes gens désireux de faire partie un jour de la fanfare.
En 1894, M. Dall'Aglio, d'origine italienne, professeur de piano, lauréat du conservatoire de Parme, devient directeur. Il fera toute sa carrière à Tullins.
L'Echo de la Vallée en 1900
L'Echo De la Vallée en 1909
La guerre de 1914 entraînera la suspension des activités de la société ; M. Dall'Aglio crée alors une chorale féminine.
En 1919, toujours sous la baguette de M. Dall'Aglio, la fanfare reprend ses activités sous la présidence active de Jean Courrier et Gaston Valois. A la direction, se succèdent tour à tour au fil des ans, MM. Cachera, chef de musique au 140ème RI, Cabard chef de musique au 1er régiment des Zouaves à Casablanca, Mary des équipages de la Flotte à Toulon, Moysse chef de musique au 4ème Génie, MM. Péchera et Manquat. La guerre de 1939 interrompt de nouveau l'activité de l’harmonie qui compte alors une quarantaine d'exécutants.
L'Echo De la Vallée en 1937
L'Echo De la Vallée en 1950
L'Echo De la Vallée en 1957
Le chef Bussière
A l'occasion de son centenaire, célébré le 3 mai 1957, l'Echo De la Vallée réunit, sous la baguette de M. Jules Buissière, une vingtaine de participants : cinq clarinettes, deux trompettes, trois bugles, quatre saxos, une contrebasse, une basse, deux barytons, un hautbois et un trombone à piston. Son comité est ainsi constitué : présidents d'honneur : MM. Orard et Malbois, président : Jean Vésin, vice-présidents : Norbert Guélon, Roger Perdriaux et Marius Chabert, secrétaire : Jules Buisson, trésorier : Albert Mol-Roguier.

En 1957, l'Echo De la Vallée qui vient de fêter son centenaire est une société quasiment moribonde, ne comptant plus que treize musiciens adultes, treize vieux copains dont le répertoire est celui d'une fanfare de village.
C'est alors qu'arrive à Tullins un nouveau chef, Jean-Pierre Malfait, qui, en quelques années, va redonner un nouveau souffle, et une nouvelle orientation aussi, à la vénérable société.
Jean-Pierre Malfait est né à Lille. Son père est chef de musique d'un bataillon de chasseurs à pied. Le chemin de Jean-Pierre est tout tracé. Il fait de brillantes études musicales aux conservatoires de Lille puis de Nancy et plus tard de Lyon. Engagé volontaire en 1939, il devient chef de fanfare des troupes coloniales, en 1942, l'année de son mariage.
Il participe à la libération de la France et se retrouve après la guerre en Afrique, en particulier à Brazzaville dans la musique des troupes de l'A.E.F puis au Laos, à Ventiane comme conseiller musical auprès du roi. Il termine sa carrière militaire à la Musique Principale des troupes de marines à Paris. Nous sommes en 1957, il n'a alors que 37 ans. Une seconde carrière s'offre à lui.

A Tullins où il s'installe avec sa femme et leurs cinq enfants (deux enfants naîtront par la suite), il va se montrer un véritable entraîneur d'hommes. Sa présence, ses « coups de gueule », son enthousiasme, sa ténacité, son charisme, bref... sa passion pour la musique vont lui permettre de venir à bout de tous les obstacles. Par la suite, il va bénéficier aussi de l'aide précieuse de ses enfants puis de leurs conjoints, jeunes et talentueux musiciens qui sauront attirer à Tullins d'autres instrumentistes de valeur.
Dès son arrivée, il crée une école de musique, qui s'installe dans des locaux désaffectés et sommairement aménagés de l'école de filles de la rue de la Halle.
Son objectif prioritaire est la formation des jeunes dont l'absence se fait cruellement sentir dans l'Harmonie, et qu'il convient absolument de motiver afin de les fidéliser à la société.
Peu de professeurs, Jean-Pierre Malfait enseigne, entre autres, le hautbois et le violon ; Julien, son père, est mobilisé pour enseigner la clarinette et le saxophone. Son action dépasse très rapidement le cadre communal : l'école reçoit des élèves de tout le canton et des cantons voisins (Saint-Marcellin, Rives..). Dans le même temps, entré à l'Union des Sociétés Musicales de l'Isère, Jean-Pierre Malfait en devient le directeur technique et se créent un peu partout sur le modèle tullinois des écoles de musique avec des formations d'orchestres d'élèves. Déjà le 8 mai 1958, une batterie composée de trente élèves de 13 à 15 ans se produit à Tullins.
En 1960 est organisé à Tullins le premier festival départemental de formations juniors. Pendant plusieurs années, la « Formation junior des noyeraies », participe à de nombreux festivals de musique « juniors » départementaux et régionaux. Ces jeunes se retrouvent aussi, bien sûr, dans le cadre des manifestations de l'Echo De la Vallée lors des fêtes locales ou régionales (corsos, kermesses, commémorations diverses).
En 1961, un premier voyage dans l'Est de la France, récompense les musiciens qui donnent un concert dans le cadre de la foire de Strasbourg. A Mulhouse, le maire organise une chaleureuse réception en l'honneur des jeunes tullinois, de leur chef Jean-Pierre Malfait et du président Aimé Allibe.
En 1962, l'Echo de la Vallée, qui a su se faire apprécier, a l'honneur d'être sollicitée pour animer le corso de la ville de Grenoble. Durant l'été, les musiciens se rendent une nouvelle fois à Mulhouse et dans sa région. 1963 voit l'Echo De la Vallée participer de nouveau au corso de Grenoble et un voyage de l'Harmonie pour le Luxembourg et l'Allemagne.
L’année se termine en beauté. L’Echo De la Vallée a été sélectionnée pour la finale sud-est du concours national des fanfares organisé par Europe n°1 qui se déroule à Villefranche sur Saône le 7 décembre et participe aussi le même jour à l'enregistrement de la célèbre émission « Bonjour M. le Maire » animée par Pierre Bonte.
L'Echo De la Vallée en 1962
L'Echo De la Vallée en 1964
1964 : ce sont de nouveaux concerts à La Mure, Vienne, Saint Priest, Briançon. En juillet, quatre-vingt musiciens tullinois prennent en car la route de Strasbourg ; de là, en train militaire, ils gagnent Berlin et jouent devant 10 000 personnes. En juin 1965, l’Echo participe aux fêtes du 150ème anniversaire du retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe. Cette même année, le voyage annuel conduit les musiciens au Luxembourg et en Hollande.
En 1966, c'est la réalisation, au château Esso à Tullins, du premier disque. En août, les musiciens retournent en Allemagne. En 1967, l’Echo De la Vallée organise le 1er festival international de musiques juniors en France. Tullins accueille des musiques danoises, luxembourgeoises, italiennes et allemandes.
En février 1968, l'harmonie tullinoise a le grand honneur d'être choisie pour accueillir, à l'Hôtel de ville de Grenoble, le cosmonaute Titov. Deux jours plus tard, elle participe à une émission d'Europe n°1 avec Maurice Biraud.
Malgré les évènements du mois de mai, le voyage en Belgique est maintenu.
Au retour, l'Echo accueille en musique, à l'arrivée du train, sur le parking de la gare du Havre, M. Jules Cazeneuve, maire de Tullins, et son adjoint M. Bellemain, invités d'honneur aux fêtes locales.
Le 16 mars 1969, l’Echo De la Vallée participe aux commémorations du 100ème anniversaire de la mort d’Hector Berlioz et interprète à la Côte St André la Symphonie Funèbre et Triomphale, puis la Marseillaise de Berlioz soutenue par une chorale d’une centaine de chanteurs venant de Tullins, Renage et Poliénas.
Après avoir oeuvré durant 13 ans au sein de l'harmonie locale, Jean-Pierre Malfait est nommé en 1970 directeur du conservatoire de Gap. Il donne son concert d'adieu le 27 juin, quelques jours après l'enregistrement du 2ème disque de l'Echo de la Vallée et de sa chorale.
En 1970, Louis Levrangi, un des gendres de Jean-Pierre Malfait prend la direction de l’Echo. La santé de l’Echo De la Vallée est florissante, le groupe est jeune. Les voyages en France et à l’étranger se multiplient, forgeant des souvenirs impérissables et un groupe soudé. En 1970, l’Echo porte les couleurs de Tullins au Danemark. On retrouve nos tullinois au Festival international du Havre en 1971, à Strasbourg et Baden-Baden en 1972, en Italie en 1973, dans le sud ouest (Toulouse, Andorre) en 1974. 1975 voit l’organisation de l’immense festival junior à Tullins pour les Fêtes de Pentecôte. En 1976, l’Echo retourne au Danemark.
L'Echo De la Vallée en 1975
En parallèle à la vie de l’hamonie, des formations d’animation se créent au sein même de l’Echo De la Vallée. La plus mémorable est un orchestre Alsacien (dit d’Hurtierburg) qui anime de nombreuses soirées dansantes avec choucroute au menu. En 1971, l’école de musique de la place de la halle, une ancienne école primaire, est devenue très vétuste. Elle est transférée jusqu’en 1975 dans les locaux de l’ancienne mairie (actuellement le Crédit Agricole) pour permettre la réalisation de travaux importants. L’école de musique devient municipale au début de l’année 1978. L’Echo De la Vallée reste très présente dans la vie locale et régionale : elle participe à de nombreux corsos fleuris, défile dans nos rues pour diverses occasions : fêtes de quartier, commémorations…
De nombreux musiciens tullinois se lancent dans la musique professionnelle, comme Jean-Michel Vinit, l’invité d’honneur du 150ème anniversaire de l’Echo De la Vallée. Bien que quittant l’harmonie pour raisons professionnelles, ils restent attachés à leurs racines. Durant cette période, la présidence fût assurée par M. Descamps puis par M. Thévenon-Berthaudin.

En 1978, Louis Levrangi quitte l’Echo De la Vallée pour prendre la direction de l’école de musique de Voiron. Il participe à la nomination de son successeur. La candidature de M. Fournier est retenue mais il ne restera en poste que quelques mois. L’intérim sera assuré par Jean-Marie Dantin, autre gendre de Jean-Pierre Malfait. Louis Levrangi est à nouveau sollicité par la mairie pour la sélection du directeur. Le choix se porte sur M. Jean-Claude Lesterps, directeur de l’école de musique de la Mure.
Les premières années de présence de Jean-Claude Lesterps sont marqués par une grave crise interne débouchant en 1982 par le départ de nombreux musiciens. L’Écho a continué à porter les couleurs aux quatre coins du département en participant à différents festivals, corsos...
Les voyages à l’étranger se poursuivent : en 1981, c’est le dernier grand voyage de l’Echo De la Vallée sous la direction de Jean-Claude Lesterps : Nottingham en Angleterre, pays de Robin des Bois.
En 1982, Marc Micoud remplace M. Edouard Thévenon-Berthaudin à la présidence de l’Echo De la Vallée. Marc est un travailleur de l’ombre et père de musiciennes. Cuisinier de métier, il sera au fourneau des soirées « choucroute », « raviole »… Il est également de l’installation de tous les podiums…
La saison 1983 débute, avec de nombreux jeunes musiciens, par un voyage en Alsace et se termine par le festival d’Aubagne, pays de Pagnol, du Pastis et de la Légion ! Ce festival va donner aux harmonies de Tullins et d’Aubagne l’envie de se revoir. Aubagne sera l’invité du concert de gala 1983 de l’Echo De la Vallée, et la formation « champêtre » représentera l’Echo De la Vallée à Aubagne en juin 1983. Une soixantaine de musiciens porte la tenue bleu-nuit.
Il existe deux formations réduites officielles au sein de l’Echo De la Vallée à cette période : « l’orchestre champêtre » qui se produira à de nombreux apéritifs-concerts avec son répertoire populaire de début de siècle et le Big-Band, l’orchestre de Jazz qui jouera lors de nombreux thés dansants. Le Big-Band de l’Echo De la Vallée a une qualité remarquable pour un orchestre amateur de copains.
L'Echo De la Vallée en 1982
L'Echo De la Vallée en 1985

Les voyages se font plus courts : Aix-les-bains, Châteauponsac (Limousin) avec une visite bouleversante d’Oradour-sur-Glane…
Au début de 1987, Marc Micoud passe la main à Paul Leprovost, musicien de l’Echo De la Vallée. Jean-Claude Lesterps annonce également son intention de prendre un peu de recul. Il reste directeur de l’école de musique et André Damery, saxophoniste et passionné de jazz, le remplace à la direction de l’Echo de la Vallée.
André Damery va rester deux ans à la direction de l’Echo De la Vallée prise en 1987. C’est une fin importante de cycle. Le renouvellement des musiciens devient difficile, la mode étant plus à la pratique de sports collectifs qu’à celle de la musique…
Les voyages reprennent, mais maintenant, les effectifs tiennent dans un car : en 1988, l’Echo De la Vallée est à Priverno pour célébrer le 10ème anniversaire du jumelage entre les villes de Tullins-Fures et de Priverno. En 1989, c’est le retour au Danemark.
En septembre, l’Echo De la Vallée ne reprend pas ses répétitions. Une crise a éclaté entre l’école de musique et l’Echo De la Vallée : le conseil d’administration de l’Echo démissionne intégralement.

En janvier 1990, une assemblée générale extraordinaire regroupe de nombreux tullinois soucieux de l’avenir de l’Echo De la Vallée. Une vingtaine de musiciens restait à l’effectif. Louis Levrangi propose son aide et revient en prenant la présidence de l’Echo De la Vallée. Il propose également d’être le chef d’orchestre de l’harmonie. Quelques anciens reviennent de leur retraite, mais la crise entre l’école de musique et l’harmonie ne fait que s’accentuer, au détriment des jeunes musiciens et de l’Echo.
Louis laisse la direction petit à petit à des musiciens souhaitant faire carrière dans la musique. Hélène Pronier dirigera ainsi l’Echo pendant près de deux ans, Benoît Dantin, Géraldine Cottaz dirigeant ponctuellement certains morceaux.
L’Echo est beaucoup moins présent dans les rues tullinoises mais participe au renouveau du corso et offre chaque année un ou deux concerts de qualité.
L'Echo De la Vallée à Priverno en 1988
L'Echo De la Vallée en 1991
Début 1994, pour essayer de sortir de la situation, Louis Levrangi cède la présidence à Michel Vittel, le plus ancien musicien en activité. En septembre 1994, Michel décide, avec le soutien du conseil d’administration et de la mairie, de mettre en veille l’Echo De la Vallée et d’attendre la nomination d’un nouveau directeur à l ’école de musique prévue pour début 1995.

En janvier, 13 musiciens se retrouvent pour accueillir le nouveau chef d’orchestre, Pierre Jaillot, fraîchement promu directeur de l’école de musique.
L’Écho n’est plus qu’un groupe de copains tenant à bout de bras cette vieille institution.
Mais, très vite, le plaisir revient en même temps qu’arrivent de jeunes musiciens issus de l’école de musique. Une relation forte se développe avec la chorale de l’école de Musique, qui participe aux concerts de l’Echo De la Vallée. Des échanges se produisent même : des musiciens allant chanter et des choristes faisant la démarche inverse !
L'Echo De la Vallée en 2000
En 2001, c’est près de 30 musiciens qui partent à Priverno pour un nouvel échange. Décidément les voyages forment la jeunesse et soudent un groupe. Parti pour loger chez l’habitant, l’Écho est finalement hébergé dans un centre de vacances flambant neuf et tout juste terminé. Ce voyage alliant musique et concerts dans des cadres magnifiques, détente et visites culturelles (Pompéi), laisse encore des souvenirs inoubliables…
Le président Vittel avait comme projet depuis longtemps de dépoussiérer le concert de Gala de l’Echo De la Vallée, traditionnel point d’orgue de la saison. A partir de 2001, il a lancé le concept « Musaïque », alliant la musique et une mosaïque d’autres disciplines. Tour à tour, « Musaïque » a proposé un mélange entre l’harmonie et un orchestre de Jazz ou de rock, des intermèdes avec des scènes filmées écrites et jouées par les musiciens, ou « live », des extraits de films pour illustrer le thème de la soirée, des danses sur les morceaux, des jeux de lumière ou encore des diaporamas invitant au voyage.
Même si l’avenir n’est pas dégagé pour cause de manque récurrent d’attirance de la musique d’ensemble chez les jeunes, l’Echo De la Vallée déborde d’idées pour l’avenir et reste plus que jamais motivée pour fêter en 2057 ses 200 ans !